Lorsque l’on me demandait quelle était la dernière tendance dans le domaine du développement informatique, je répondais le lean. Cette approche était d’autant plus facile à expliquer, car je pouvais prendre des exemples en dehors du secteur informatique, le plus fameux d’entre eux étant Toyota. Les problèmes récents rencontrés par le constructeur japonais montrent que toutes les idées peuvent éprouver des difficultés à conserver leurs valeurs originelles lorsqu’elles doivent être appliquées à grande échelle. Je reconnais que la situation de Toyota est complexe et je pense toujours que cette société a créé une culture d’entreprise particulière. Néanmoins, son problème d’image reste entier dans l’opinion publique.
Agile étant devenu « tendance » dans le développement informatique, il est maintenant utilisé comme étiquette (marketing) de chaque initiative ou outil nouveau. Les conséquences sont que les valeurs originales du Manifeste Agile vont être au mieux diluées, au pire détournées. Le développement informatique est aussi une industrie pour les vendeurs d’outils et les sociétés de conseil. La transition entre la vente d’aspirateurs et celle d’aspirateurs « agiles » peut être maintenant indispensable pour être mentionné dans le Triangle Magique du Forgartner Group et dans les pages de la presse spécialisée. Cela ne va cependant apporter aucun avantage aux aspirateurs et à l’agilité. Au fur et à mesure de la diffusion des approches agiles, les chances augmentent de voir ses valeurs incomprises et le nombre de projets qui s’en réclament échouer. Certains agilistes diront qu’un « vrai » projet agile ne peut pas échouer, mais c’est le sujet d’une autre discussion ;o)

Winston Churchill disait que « la démocratie était la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres qui avaient été essayées ». Le fait qu’il puisse être difficile de conserver les idéaux des approches qui se basent fortement sur le comportement des participants ne devrait pas nous empêcher de tenter d’atteindre des objectifs élevés. Il faut cependant être réalistes sur les contraintes des organisations, s’adapter et reconnaître que l’on ne peut pas toujours atteindre la perfection. Sur ce sujet, je recommande les excellents livres de Craig Larman et Bas Vodde sur le développement lean et agile pour des projets de grande taille. Dans l’introduction de leur premier volume, ils recommandent: « Commencez avec un petit groupe d’excellentes personnes et ne l’agrandissez que lorsque ça commence à faire mal ». Je ne pourrais pas vous donner un meilleur conseil. Dans le monde des projets informatiques, la devise « trop gros pour échouer » pourrait aisément être remplacé par « trop gros pour réussir ».


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